Procès des présumés chefs miliciens à Kananga : Entre témoignages accablants et contradictions

Le procès en cours devant le Tribunal militaire de garnison de Kananga, siégeant en chambre foraine à la mission catholique Ntambwe Saint Bernard, s’est poursuivi ce mercredi 10 décembre dans une atmosphère de tensions croissantes entre parties civiles, ministère public, défense et accusés.

Parmi les témoignages recueillis, celui de Lubula a retenu l’attention. Originaire d’un des villages touchés, Lubula a pointé directement le prévenu Kabeya Lumbu comme ayant conduit une expédition armée dans son village, muni d’une arme AK-47, pour intimider la population locale.

Il affirme que cette menace avait pour but de forcer les villageois à rejoindre leur foyer initiatique armé, communément appelé « Tshiota ». Selon lui, son refus d’adhérer à ce groupe lui a valu des intimidations directes de la part du présumé chef milicien.

Lubula soutient également que le frère cadet de Kabeya Lumbu, le prévenu Junior Bamunyi, aurait été blessé au front au moment où il tentait de lui ravir son arme à feu. Version non confirmée par ce dernier (ndlr Junior Bamunyi), indiquant qu’il a été blessé lors d’un match de football amical à la prison centrale de Kananga.

Interrogé à son tour, Kabeya Lumbu a reconnu la tension dans la zone, mais a requalifié les accusations : selon lui, il ne s’agissait pas d’un acte de milice mais d’un conflit de pouvoirs coutumiers entre son village d’origine Lumbu et celui de Katumba, d’où est originaire le chef rival Katumba. Il a précisé qu’il n’était question ni d’armes, ni d’intimidations, mais d’un désaccord lié à la succession coutumière.

Toutefois, le ministère public a rappelé que dans des procès antérieurs, le même prévenu avait justifié les violences par un conflit de limites territoriales. Ce revirement a été perçu comme une contradiction flagrante dans sa ligne de défense.

Fabrication des victimes et incident de comparution

Au cours de cette même audience, la défense a dénoncé ce qu’elle qualifie de “fabrication des victimes” en insinuant que certaines personnes entendues n’avaient pas été directement concernées par les événements en question. L’une des victimes convoquées n’a d’ailleurs pas pu témoigner en raison d’un état de santé jugé préoccupant.

Autre fait notable : le refus initial de comparution du prévenu Junior Bamunyi, qui a évoqué l’absence de système de sonorisation dans la salle d’audience pour justifier son silence. Il a finalement comparu après insistance du tribunal.

Pour rappel, ce procès se déroule grâce à l’appui technique et financier du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) et Trial international, dans le cadre du projet de la justice transitionnelle pour la consolidation de la paix (PROJUST) piloté par le ministère du Plan.

Félix Mulumba

Standard.net

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