Les audiences foraines du Tribunal militaire de garnison de Kananga, qui se tiennent depuis le début de la semaine à la mission catholique de Ntambwe Saint-Bernard, ont poursuivi leurs travaux ce jeudi 11 décembre dans une ambiance marquée par de vives contradictions entre les déclarations des victimes appelées à la barre.
Alors que les prévenus, dont Alexis Kabeya Lumbu, sont poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, une partie de l’audience de ce jeudi a été consacrée à l’audition de victimes supposées des violences attribuées à la milice Kamwina Nsapu.
Au cœur de la séance, le témoignage d’une victime censée renforcer l’accusation a au contraire semé le trouble. La personne a affirmé devant le Tribunal militaire que la milice qui aurait attaqué le village était dirigée par le prévenu Kabeya Lumbu. Cependant, à la question de savoir si elle avait déjà vu ou identifié Kabeya Lumbu, la victime a admis ne l’avoir jamais vu de ses propres yeux et ne pas le connaître personnellement, précisant simplement « en avoir entendu parler ». Cette déclaration a suscité des murmures dans la salle et a fortement intrigué le Tribunal, car elle contredit la charge directe portée contre l’accusé.
Confusion sur les pertes subies et l’identité
L’autre point de tension a émergé lors de l’évaluation des dommages subis. La victime a déclaré avoir perdu plusieurs biens matériels lors de l’attaque, notamment des poules, des coqs et des chèvres, que le ministère public avait d’abord présentés comme étant la propriété personnelle de la victime. Mais en répondant à une question du Tribunal, la victime s’est ravisée, affirmant que ces biens appartenaient en réalité à son père.
Ces incohérences ont jeté un flou sur la fiabilité du témoignage, renforcé par un autre élément troublant : l’identité fournie par la victime ce jeudi ne correspond pas à celle mentionnée dans les procès-verbaux d’audiences précédentes. Ce décalage entre les pièces de procédure et les déclarations orales a été immédiatement relevé par les avocats de la défense.
La défense monte au créneau
Profitant de cette brèche, la défense des prévenus a renouvelé ses accusations contre le ministère public et certaines parties civiles, dénonçant ce qu’elle qualifie de “fabrication de fausses victimes à des fins péquinières”. Selon elle, ces incohérences répétées depuis l’ouverture des audiences démontrent une instrumentalisation du processus judiciaire et un déficit de rigueur dans la constitution des dossiers à charge.
Pour rappel, ce procès se déroule grâce à l’appui technique et financier du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) et Trial international, dans le cadre du projet de la justice transitionnelle pour la consolidation de la paix (PROJUST).
Félix Mulumba