Le jeudi 11 août 2022, le Bureau Central de Coordination (BCECO) signait un protocole d’accord avec l’entreprise Safrimex pour la modernisation d’une partie importante de la voirie urbaine de Kananga chef-lieu de la Province du Kasaï Central.
À travers ce marché, le BCECO, en qualité de maître d’ouvrage délégué, confiait à SAFRIMEX la réhabilitation et l’asphaltage de près de 42 kilomètres de routes répartis sur 37 avenues de la ville. Le contrat incluait également la réhabilitation de plusieurs bâtiments publics emblématiques, notamment la résidence officielle du gouverneur (aujourd’hui résidence du Chef de l’État), l’hôtel de ville, le bâtiment administratif provincial ainsi que l’Assemblée provinciale.
Le coût global du projet était estimé à 136 millions de dollars américains pour une durée d’exécution de 36 mois.
Des travaux annoncés dans les cinq communes
Les travaux concernaient les cinq communes de la ville de Kananga : Kananga, Katoka, Ndesha, Nganza et Lukonga.
Parmi les principaux axes concernés figuraient :
- l’avenue Luluwa (Lulua), sur près de 11 kilomètres entre le rond-point Notre-Dame et l’aéroport de Lungandu ;
- l’avenue Bakua Bisamba dans la commune de Kananga ;
- l’avenue Kandindi dans la commune de Katoka ;
ainsi que plusieurs autres axes stratégiques, notamment les avenues Bena-Dibele, Uvira, Goma, Walikale, Kadima Kasavubu, Éthiopie, Gambela et Dibaya.
Quelques mois après la signature du contrat, SAFRIMEX lançait les premiers travaux d’assainissement, principalement dans la commune de Ndesha, sur l’avenue Dibindi menant vers le quartier Kamilabi.
Par la suite, plusieurs autres avenues ont été concernées, notamment Sankuru, Mpokolo, Lac Fwa, Tulume, Lunyeka, Bashilange, Maman Yemo, Chute Katende, Kandindi, Tshisekedi-Kabasele, Myriam Misumba, Tshisekedi-Mbuya, ainsi que le contour du stade des jeunes de Katoka et celui du marché dans la commune de Katoka.
Dans la commune de Kananga, les avenues Bakua Bisamba et du Collège ont également été prises en charge. À Ndesha, les avenues Dibindi, Kamilabi, Katende, Malandji, Lusambo, Tshikapa et Dibaya ont connu des travaux d’assainissement. La commune de Nganza n’a pas été épargnée avec l’avenue Nkonko et d’autres axes secondaires.
Des travaux d’assainissement… sans suite
Au-delà du curage et de la construction de caniveaux, l’entreprise était aussi engagée dans la stabilisation de plusieurs ravins à travers la ville, notamment sur l’avenue Kandindi, où l’érosion menaçait plusieurs habitations.
Après ces travaux préparatoires, le projet devait évoluer vers la pose des couches de base et de fondation avant l’asphaltage définitif. Un concasseur avait même été installé sur le site de Nkandi, dans la commune de Nganza, pour alimenter les travaux.
Cependant, près de quatre ans après le lancement du projet, plusieurs chantiers restent inachevés.
Un délai dépassé de plusieurs mois
Prévue pour 36 mois, l’exécution des travaux totalise aujourd’hui environ 45 mois.
Le 23 novembre 2023, le directeur général du BCECO, Jean Mabi, avait effectué une mission d’inspection à Kananga. À l’issue de cette visite, il avait reconnu que plusieurs contraintes ralentissaient l’évolution des travaux, notamment le manque de certains équipements nécessaires à l’asphaltage.
Malgré cela, l’entreprise a parallèlement engagé d’autres travaux, notamment :
- la réhabilitation de la résidence du gouverneur ;
- la modernisation de l’hôtel de ville ;
- la construction d’une morgue moderne ;
ainsi que d’autres projets additionnels.
Des caniveaux bouchés et de nouvelles érosions
Dans plusieurs communes, notamment Katoka, Ndesha et Nganza, les ouvrages réalisés suscitent aujourd’hui des critiques de la population.
Selon plusieurs habitants interrogés, de nombreux caniveaux construits lors des premières phases d’assainissement sont actuellement bouchés, empêchant l’évacuation correcte des eaux de pluie.
Conséquence : de petites érosions réapparaissent dans certains quartiers.
« Nous n’avions pas de ravins ici auparavant. Les caniveaux ont été construits sans être achevés correctement. À chaque pluie, de nouvelles érosions apparaissent. Nous ne comprenons pas la stratégie utilisée par cette entreprise », dénoncent certains habitants de Katoka.
Dans la commune de Lukonga, plusieurs habitants affirment qu’aucun chantier significatif n’a réellement démarré jusque-là.
Même constat sur l’avenue Nkonko, dans la commune de Nganza, où seuls les travaux d’assainissement auraient été exécutés.
« Au lieu d’ouvrir plusieurs chantiers à la fois, il fallait d’abord terminer ceux déjà commencés. Les travaux réalisés vers la sortie de l’EFO ont même favorisé la création d’un ravin », déplorent des riverains.
Des critiques techniques sur certains ouvrages
Approché dans le cadre de cette semi-enquête, un ingénieur en bâtiment estime que plusieurs travaux exécutés présentent des anomalies techniques.
« Il y a beaucoup de malfaçons. Certains caniveaux sont construits puis démolis quelques jours après avant d’être reconstruits. Cela donne l’impression que certains travaux sont exécutés sans études préalables sérieuses », explique-t-il.
L’avenue Walikale, première route prise en charge dans la commune de Kananga, est souvent citée parmi les exemples les plus controversés. Une chaussée posée à la hâte pour plaire au chef de l’État qui séjournait à Kananga a été démolie quelques jours après avant d’être finalement considérée comme un simple essai technique.
Les rares projets achevés
À ce jour, l’avenue Bakua Bisamba est présentée par plusieurs habitants comme l’un des rares projets routiers menés du début à la fin. L’avenue du Collège figure également parmi les axes relativement achevés.
Le 2 mai 2025, SAFRIMEX a également lancé les travaux de chaussée sur l’avenue Luluwa, reliant Notre-Dame à l’aéroport de Kananga.
Ce projet, qui entre dans le cadre d’un avenant accordé à l’entreprise, concerne la modernisation de 11 kilomètres de voirie urbaine.
Actuellement, deux tronçons sont déjà praticables :
du rond-point Notre-Dame jusqu’au rond-point MONUSCO ;
et de l’aéroport jusqu’au niveau de l’Oasis Malole.
Les avenues Palmier et Kabongo Nsenda sont également en réhabilitation dans la commune de Kananga, avec une couche de fondation déjà visible sur certains tronçons.
Dans la commune de Ndesha, les avenues Lusambo et Tshikapa attendent encore l’asphaltage définitif.
Entre réhabilitations et frustrations
En parallèle des travaux routiers, certains bâtiments publics ont été réhabilités ou sont en cours de réhabilitation, notamment :
le gouvernorat ;
la résidence présidentielle ;
la mairie de Kananga ;
ainsi qu’une morgue moderne.
Malgré ces réalisations, plusieurs habitants dénoncent la multiplication des chantiers inachevés à travers la ville.
“Accusations sur les conditions de travail*
Des critiques émergent également sur les pratiques internes de l’entreprise.
Selon plusieurs témoignages recueillis, certains ouvriers recrutés sur les différents sites percevraient environ 14 000 francs congolais par jour, avec parfois des retenues jugées injustifiées.
Des accusations de clientélisme, de tribalisme et de népotisme dans le processus de recrutement sont également évoquées par certaines sources locales.
Par ailleurs, plusieurs habitants affirment que l’entreprise se consacre actuellement davantage à la vente de moellons, graviers et caillasses à des particuliers, alors que plusieurs chantiers publics restent inachevés.
Une population toujours dans l’attente
Près de quatre ans après le lancement de ce vaste programme de modernisation urbaine, le constat reste contrasté à Kananga.
Si certaines infrastructures ont effectivement été réhabilitées, de nombreux axes routiers demeurent au stade des travaux d’assainissement, sans évolution vers l’asphaltage promis.
Pour plusieurs observateurs, la multiplication des chantiers ouverts simultanément, sans finalisation rapide, continue d’alimenter les inquiétudes de la population sur la qualité, la gestion et le suivi du projet.
lestandard.net/danenews/versionoriginelle.net
